
Les décisions budgétaires de l’été 2026 redéfinissent le partage des dépenses de santé entre l’Assurance maladie et les complémentaires. Un transfert de charges d’environ 1,5 milliard d’euros touche les mutuelles sur les médicaments, le transport sanitaire, le dentaire et les dispositifs médicaux. Les nouvelles règles s’appliquent par étapes: dès le 1er octobre 2026 pour le plafond des franchises et certains transports, puis au 1er janvier 2027 pour les remboursements. Les assurés doivent anticiper l’effet sur leurs cotisations.
Le contexte des transferts décidés en 2026
Le gouvernement a publié au Journal officiel du 22 août 2026 quatre décrets qui abaissent la participation de la Sécurité sociale sur plusieurs postes. L’objectif affiché est la soutenabilité des comptes publics. Les organismes complémentaires absorbent désormais une part plus large du ticket modérateur. Le surcoût global pour le secteur se situe entre 1,5 et 1,7 milliard d’euros selon les projections des fédérations.
Des fourchettes fixées par décret, des taux encore à arrêter
Les décrets ne fixent pas directement les taux de remboursement. Ils relèvent les fourchettes dans lesquelles l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) arrête la participation de l’assuré. Les taux de 50 %, 15 % et 5 % cités ici sont les cibles annoncées par le gouvernement, que l’Uncam doit encore confirmer.
Les estimations côté gouvernement se situent plutôt entre 1,4 et 1,5 milliard d’euros. Le dentaire et les dispositifs médicaux pèsent chacun environ 500 millions d’euros, les médicaments 300 millions et les transports 200 millions. Le conseil de la Cnam a rendu à l’unanimité un avis défavorable en juillet, sans empêcher la publication des textes.
Assurés exposés et pistes pour la suite
Cette mesure s’ajoute au gel des cotisations complémentaires santé prévu par le PLFSS 2026, déjà contesté. Les retraités, qui paient seuls leur couverture, sont les plus exposés. Les contrats responsables représentent environ 95 % des contrats vendus. Ils obligent en principe à prendre en charge le nouveau ticket modérateur sur le dentaire, les dispositifs médicaux et les transports.
Un rapport remis aux ministres le 23 septembre 2026 propose d’aller plus loin. Il confierait aux complémentaires l’optique, les audioprothèses et le transport sanitaire programmé, par étapes. Ce n’est qu’une piste, sans décision ni calendrier. Pour l’instant, les textes en vigueur se concentrent sur les baisses ciblées. Les garanties dentaire, transport, médicaments et dispositifs médicaux sont les premières à relire.
Médicaments : baisse marquée des taux de la Sécurité sociale
Le gouvernement vise, au 1er janvier 2027, un remboursement de 5 % au lieu de 15 % pour les médicaments à service médical rendu faible. Pour ceux à service médical rendu modéré, comme l’Imodium, la cible est de 15 % au lieu de 30 %. La différence bascule vers les mutuelles ou reste à la charge de l’assuré si le contrat n’inclut pas ces postes.
Ce que la mutuelle est tenue de couvrir
Le contrat responsable n’oblige pas la mutuelle à couvrir le ticket modérateur de ces médicaments. Beaucoup le font pourtant pour rester attractives. Un assuré qui consomme régulièrement ces traitements risque un reste à charge plus élevé. La hausse des cotisations attendue en 2027 se situe entre 7 et 8,3 % en moyenne selon plusieurs analyses du secteur.
- Médicaments à SMR faible: ticket modérateur visé à 95 %
- Médicaments à SMR modéré: ticket modérateur visé à 85 %
- Honoraires de dispensation associés également impactés
Pour un traitement chronique, la ligne médicaments du contrat pèse plus que le prix global.
Patients en ALD: une première baisse dès le 1er octobre
Les patients en ALD ne sont pas épargnés partout. Un décret du 16 avril 2026 supprime, à partir du 1er octobre 2026, l’exonération du ticket modérateur sur les médicaments à service médical rendu faible. Cela vaut aussi pour les médicaments prescrits dans le protocole de soins. Leur prise en charge passe de 100 % à 15 %. Au 1er janvier 2027, la fourchette ouvre ensuite un remboursement de 3 à 7 %.
Transport sanitaire : une part croissante pour les complémentaires
Le taux de remboursement de la Sécurité sociale sur les transports sanitaires (ambulances, VSL, taxis conventionnés) devrait passer de 55 % à 50 % au 1er janvier 2027. Le ticket modérateur passerait donc de 45 % à 50 %.
Une règle ALD plus stricte dès octobre
Une première règle s’applique dès le 1er octobre 2026. La prise en charge des transports liés à une ALD se limite aux seules ALD exonérantes. Un patient dont l’ALD n’est pas exonérante sort de ce cas de prise en charge. Il doit relever d’un autre cas, comme un trajet de plus de 150 kilomètres ou une série de transports.
Un transfert d’environ 200 millions d’euros
Les dépenses de transport sanitaire dépassent 6 milliards d’euros par an pour l’Assurance maladie. Le transfert partiel représente environ 200 millions d’euros pour les organismes complémentaires. Les trajets liés aux dialyses ou aux soins répétés pèsent particulièrement. La franchise de 4 euros par trajet reste à la charge de l’assuré et ne peut pas être remboursée par un contrat responsable.
Les personnes âgées ou en affection de longue durée non exonérante ressentent plus fortement ce changement. Les garanties transport de la mutuelle sont à vérifier avant 2027. Sur une série de dialyses, un écart de garantie de quelques points se répète à chaque trajet.
Soins dentaires: la mutuelle devient financeur majoritaire
Pour les honoraires des chirurgiens-dentistes et les soins courants, le gouvernement vise un remboursement de la Sécurité sociale de 50 % au lieu de 60 % au 1er janvier 2027. Le ticket modérateur passe de 40 % à 50 %. Sur une base de remboursement de 100 euros, l’Assurance maladie verse 60 euros aujourd’hui et 50 euros avec la cible. Elle ne verserait que 40 euros si l’Uncam retient la borne basse. Ce poste génère à lui seul un transfert estimé à plus de 500 millions d’euros vers les complémentaires.
Les mutuelles assument déjà une part importante des soins dentaires grâce au 100 % Santé. À 50 %, la répartition devient égale sur la base de remboursement. À 40 %, la complémentaire finance la majorité. Les détartrages, les caries et les actes conservateurs coûtent davantage aux organismes. Les dépassements d’honoraires restent hors du cadre obligatoire et dépendent du niveau de garantie choisi.
Le panier 100 % Santé, les soins liés à une ALD exonérante et les rendez-vous de prévention M’T dents échappent à cette baisse. Les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire n’ont pas de reste à charge supplémentaire.
Les seniors, gros consommateurs de soins dentaires, regardent d’abord la ligne dentaire de leur contrat. Comparer les garanties hors panier 100 % Santé montre l’écart réel entre deux offres.
Tableau récapitulatif des nouveaux taux
Voici les principaux changements de taux de remboursement de l’Assurance maladie, avec les cibles annoncées par le gouvernement:
| Poste | Taux avant | Taux après | Entrée en vigueur |
| Médicaments SMR faible | 15 % | 5 % | 1er janvier 2027 |
| Médicaments SMR modéré | 30 % | 15 % | 1er janvier 2027 |
| Soins dentaires | 60 % | 50 % | 1er janvier 2027 |
| Transports sanitaires | 55 % | 50 % | 1er janvier 2027 |
| Plafond franchises cumulé | 100 € | 140 € | 1er octobre 2026 |
Ces taux restent des cibles. Pour le dentaire, les dispositifs médicaux et les transports, l’Uncam peut descendre jusqu’à 40 % de remboursement. Pour les médicaments, la borne basse est de 5 % pour le service médical rendu modéré et de 3 % pour le faible.
Les dispositifs médicaux suivent la même logique, avec un remboursement visé de 50 % au lieu de 60 % et un transfert d’environ 490 millions d’euros. La télésurveillance médicale est aussi concernée. Le grand appareillage, les prothèses et orthèses sur mesure et les véhicules pour personnes handicapées restent pris en charge intégralement.
Le plafond des franchises suit une autre voie. Il résulte d’un décret du 11 septembre 2026, pas des quatre décrets d’août, et passe à 70 euros pour les franchises médicales et à 70 euros pour les participations forfaitaires. Le montant par acte reste de 1 euro par boîte et de 4 euros par trajet. Un patient qui achète douze boîtes par mois atteignait en mai son plafond de 50 euros de franchises médicales. Avec 70 euros, il le franchira en juin.
Conséquences sur les cotisations et les stratégies à adopter
Les mutuelles répercutent une partie de ces charges supplémentaires sur les tarifs. Les hausses de cotisations arrivent pour 2027 malgré le contexte de gel de 2026. Les retraités et les indépendants, sans participation employeur, supportent le coût intégral. Les contrats collectifs d’entreprise absorbent une part via l’employeur, mais les salariés voient parfois leur reste à charge progresser.
Les transferts pèsent à eux seuls entre 3,5 et 4,5 % sur le coût des prestations des complémentaires. Le reste de la hausse vient surtout de l’inflation médicale et de la fiscalité. Axa France annonce déjà 9 % en santé collective, hors évolution du plafond de la Sécurité sociale.
Les leviers pour limiter l’impact
Plusieurs leviers limitent l’impact. D’abord, les meilleures stratégies pour réduire le coût de votre mutuelle santé en 2026 passent par une révision annuelle des garanties. Adapter le niveau de couverture aux besoins réels évite de payer pour des postes inutiles. Ensuite, comparer les offres montre vite les écarts de garantie. Le classement des 10 meilleures mutuelles santé pour l’année 2026 aide à repérer les contrats qui maintiennent une bonne prise en charge dentaire et médicaments malgré les transferts.
L’unité de la garantie compte autant que son niveau. Une garantie exprimée en pourcentage de la base de remboursement compense la baisse de la Sécurité sociale: la dépense passe sur la cotisation. Un forfait en euros ne bouge pas, et le reste à charge augmente.
Les vérifications avant de changer de contrat
Les délais de carence se vérifient avant tout changement. Un contrat qui démarre trop tard laisse l’assuré exposé pendant la transition. Les seniors peuvent passer par un courtier spécialisé pour comparer les garanties dentaire et transport. Le plafond annuel cumulé des franchises médicales atteint 140 euros dès octobre 2026, et aucun contrat responsable ne le rembourse.
Le calendrier laisse du temps. Les avis d’échéance 2027 arrivent à l’automne, et un contrat individuel se résilie à tout moment après un an d’ancienneté, sans frais ni justificatif. Comparer en décembre reste donc possible. Les taux exacts, eux, dépendent encore de l’Uncam.

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